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Qui es-tu Mehdi Masud ? – J’ai écrit le meilleur livre du monde.
« À travers les 100 pages de « Poussière d’étincelles et verres fumés », on retrouve cette certitude que l’homme est cinglé. Les verres fumés de son titre, Mehdi Masud les garde d’ailleurs sur le nez en permanence. Il nous parle de son bouquin à coup de punchlines. » (Noé Michalon, entretien avec Mehdi Masud)
à lire ici > http://www.clique.tv/qui-es-tu-mehdi-masud/


   « LES DÉMONS DE MEHDI », par Guillaume Desmurs
in « Mots à crédit >> http://motsacredit.com/les-demons-de-mehdi/

Par un étrange court-circuit neuronal, ce titre et cette couverture m’ont fait penser à un recueil de nouvelles collectées et présentées par un auteur cyberpunk, Bruce Sterling, intitulé Mozart en verres miroirs. Je ne sais pas pourquoi. D’autant que ça n’a rien à voir. A part la référence aux lunettes de soleil. A part le fait que Mehdi Masud n’est pas si éloigné que ça de l’anticipation quand il dessine ses singuliers personnages d’une banalité confondante doués de sentiments décalées de science-fiction. Je me comprends.

Sous ce titre obscur et pourtant pétillant, Mehdilaisse grouiller les vers : « Leur seul voeu dans ce monde n’est pas l’égalité, mais l’ordre. Enlevez-moi ces lunettes de star, soldat. On n’est pas dans une boite de nuit », et il termine la tirade par : « Oh, merde, vous êtes dans un sale état ».

Je ne connais pas Mehdi, même si je le suis sur Facebook et que j’aime l’éclat sombre de ses aphorismes et ce titre doit assez bien résumer le personnage. Mehdi ne cache pas la dimension autobiographique de ses textes, ce qui lui permet de lâcher les chevaux sauvages de son autodérision : « ton petit blog de loser que tu fais lire à tes amis sur Facebook, c’est sordide, pour ne pas dire carrément pathétique », dit un personnage au narrateur de l’une des premières nouvelles.

Ces petits textes sont aussi bien troussés qu’une jupe de courtisane et Mehdi jongle allègrement avec les mots, en regardant ailleurs, entre le philosophique contemplatif post-coelho (« Dehors, la lueur des astres scintillant dans la nuit me conférait l’étrange puissance de l’Infini ») et le scato sautillant (« Oui, poursuit-elle en penchant légèrement son chapeau de côté, allumant une Vogue, dont les volutes exhalent une odeur de pet de colombe »). L’alliance de l’âme et de l’intestin rappelle la carpe rigolote et le lapin philosophique que Desproges faisaient convoler en juste noces dans ses textes.

Les courtes nouvelles de Mehdi se déroulent comme des fouets et, au moment où on l’attend le moins, vous claquent à la figure.

Chacun peut voir Mehdi à sa porte dans ces tableaux croqués de la vie parisienne du début du millénaire, chacun pourra se reconnaitre dans ses élans de bonté et d’amour (« La plénitude, c’est l’extrémité du bonheur. Tout simplement. » ) tout comme dans ses bassesse et ses renoncements pitoyables (« Son regard, contracté par des désirs de revanche sociale et raciale, imite encore difficilement dans sa cinétique le flot des caniveaux parisiens »). C’est un Houellebecq plus nonchalant et plus doué. Plus flemmard aussi, vu la maigre production fictionnelle de Mehdi.

« Do you speak english? » est la nouvelle la plus touchante car Mehdi est un bon garçon au fond, avec un coeur de chair dans un coeur de pierre. Son expérience d’opérateur téléphonique dans une association de défense de l’enfance maltraitée est presque même déchirante, « Une plongée dans un vivier d’histoires sordides et de faits divers violents, sanglants, de dénonciations anonymes et d’appels au secours, de cris qui s’évanouissent dans les ténèbres. Un des meilleurs trucs que j’ai pu faire, en somme ». Je crois que cette phrase résume tout le livre et on comprend au final que cette centaine de pages est l’autoportrait d’un timide, d’un boxeur de ce monde post-moderne, d’un esthète à claques qui parle autant à Guillaume Durand qu’à un enfant violé.

Et puis après ? « Il se réveilla et marcha dans la rue, prit le métro, le tramway et le bus, pour baiser d’autres filles ».

Pas d’écrit vain ici. Pas de gonflement de goître. On n’est pas dans la littérature, on est dans la vie, et ça fait du bien. « Mon domaine à moi, ce n’est pas le génie. C’est la vie. Vous en avez entendu parler ? », avait un jour balancé Françoise Giroud à Jean-Paul Sartre en 1960 (cité par Le Monde du 20/21 mars 2016). Avec ce premier livre de Mehdi, c’est exactement là où on est.

Poussière d’étincelles et verres fumés (Crispation éditions10 euros). Achetez-le chez l’éditeur, c’est mieux. Bon, je vois qu’il est indisponible. Démerdez-vous. Trouvez-le. »


   TLM (Duncan s’occupe – David Laurençon)

Extrait de l’émission « La Quotidienne » sur TLM – Nicolas Bonnier (café-librairie Le Tasse-Livre à Lyon), à propos du roman de David Laurençon, « Duncan s’occupe » (Crispation éditions, 2011)


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Le Top 4 : la nouvelle selon Masud 


KULTUROPAT

Amuse-Bec, Thierry Girandon
Par Justin Hurle

Amuse-Bec, l’ouvrage phare des éditions Crispation regroupe une douzaine de nouvelles, toutes empreintes d’un style sombre, presque morbide, duquel s’échappent d’étonnantes envolées poétiques et réjouissantes dont seul un esprit aiguisé est capable de produire après avoir distingué du réel, ces instants fugaces qui font que nous poursuivons coûte que coûte vers l’absurdité la plus totale tant nous sommes irresponsables, pour ne pas dire assez cons.

Quoi de plus normal donc, que de persister dans l’évidente médiocratie quand se révèlent ici et là les petits plaisirs de chaque jour ? Si des fois nous décidions de stopper la confiscation systématique des richesses par une soit-disant élite, jamais nous ne mettrions le doigt sur des instants de bonheur. Quoi ? Que l’homme soit comblé… impensable. Qu’on le comble de Coca ! Il est fait pour ça.
M’est avis que Thierry Girandon a écrit Amuse-Bec dans cet état d’esprit.
Pour preuve, dans Il n’y a plus beaucoup d’enfants qui viennent, le premier texte du recueil, des mots comme alcool, sarcophage, fumée, enfumée, excitation, ivresse, sperme, liqueur, liquoreux, laideur, chiottes, sexes, chiens, truffes, chairs, rideau de fer… un champ lexical qui donnerait envie au lecteur de se lancer dans le toilettage canin.
Quant au second, – Marotte – « Il n’avait plus de ventre (…) de fesses », cuisses, couteaux, exciter, branler, fripée, viol, slip, jouet… ils plongent le lecteur dans un questionnement sincère pour, au final, découvrir que « Raoul jutait de travers ». Un sourire se dessine, timide. Puis se multiplie à mesure que la lecture avance. Le rêve de l’autre, soutirera bien plus au lecteur. « Arrache ma culotte avec les dents qui te restent ! » dit-elle à la cloche très proche d’une éjaculation féroce. Aussi insiste-t-elle : « Roger, (…) j’ai toujours rêvé d’un gueux ! » Jubilatoire.

Et les dialogues, d’une justesse invraisemblable ! « Les chiottes sont sur le palier ? Oui, mais je pisse dans le lavabo. Oui mais pour les gros besoins ? Au fond du couloir. Quel soulagement, dit-elle »… Direct, concret, droit au but comme dirait l’autre.
L’autre justement, tantôt absent, telle Nora dont la paupière se lève pour un oui ou pour un si ; tantôt emmerdeur comme l’autre cloche qui tire Roger de son rêve ou, plus loin, ce flic qui l’empêche d’en finir. Mais aussi l’autre, le partenaire d’une danse, toujours dans un bar, parce que c’est plus pratique pour « parler au creux de l’oreille » et, par-là, de conclure vite avant de rentrer chez soi (Cheveu). Ou, à l’inverse, de ne plus rentrer (Salope) parce que Jeanne le croît dans un accident d’auto – enfin libre ! Autant s’autoriser une bonne pipe. Merde, un texto. Il n’est pas mort alors ! Que faire de tout ce foutre au fond de la bouche ?

Outre les comparaisons et les métaphores extravagantes qu’essaime par trop l’auteur – Hélène « apparue penchée sur un chariot à liqueurs qu’elle poussait avec la grâce d’une consommatrice véhiculant son caddie » (Le rêve de l’autre) ; « … ses couilles pendouillaient entre les parenthèses de ses cuisses maigrelettes », (Marotte) – la poésie surgit d’un repli inavouable du réel gravé dans les souvenirs, les bons, celui « des filles désirables qui baillaient sans vergogne et dévoilant (…) des dents blanches et (…) une langue lourde de promesses sensuelles » (Bleu). Un brin de nostalgie aussi, peut-être pour suggérer au lecteur qu’il y a bien autre chose à faire que de réclamer « haut et fort dans des mégaphones des augmentations de salaires pour consommer plus, toujours plus, réduisant le bonheur au pouvoir d’achat, pérennisant la logique du système qui nous opprime ; les poings jadis brandis, ballants ou occupés à s’agripper aux dernières machines encore en activité, c’est qu’il reste tellement d’annuités avant de devenir le propriétaire de quelques mètres carrés, de quelques mètres cubes, au moins avant la retraite ou le cancer » (Le train traverse).
Nul doute qu’il soit là le projet littéraire de Thierry Girandon, dans ces replis d’un quotidien dépourvu de fantaisie, il impulse un questionnement nécessaire : celui d’un sens de la vie un peu trop bordé par l’omniprésence des canaux cathodiques et numériques. Omniprésents dans chacune des nouvelles – au point d’en faire un mur avec, comme mortier, les courants d’air et la misère de Roger et Jean-Luc (Le rêve de l’autre) – l’auteur en fait un parfait outil de contention. D’ailleurs, dès qu’il le supprime, on baisse le rideau de fer (Il n’y a plus beaucoup d’enfants qui viennent) et les pulsions, enfin libérées, s’expriment : on frappe, on baisse sans faire l’amour, on tranche de la tête, et faut voir comment ! Comme si nous ne savions plus les maîtriser sans une aide cathodique ou un shoot numérique. Serions-nous dépourvus de phares pour traverser les nuits de nos vies ?
Vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’enfants dans Amuse-Bec. À le dire franchement, il n’y a que Pierrot (Adieu). Mais il disparaît un peu plus à chaque minute. Adieu, une allégorie à l’Insupportable, l’Impuissance dans le réel, la Maladie qui s’éternise sans espoir de guérison, la Rupture annoncée. Qu’y a t’il après bordel ?!

Titre : Amuse-Bec
Auteur : Thierry Girandon
Éditeur : Crispation éditions
Année de publication : 2015



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