Duncan s’occupe, David Laurençon

TLM – émission “La Quotidienne”. Nicolas Bonnier, librairie Le Tasse-Livre à Lyon.


Par Josiane Hubert, revue ReMue (Belgique):

ReMue-revue-littéraire-david laurençon


Lecteurs :

« “Duncan s’occupe” est un roman picaresque qui se déroule dans un monde devenu un vaste cabaret peuplé de filles blafardes et protégé du vide par un immense zinc crénelé de bouteilles d’alcool. Duncan attise sa souffrance dans une cuite sans fin, une manière de chevauchée vers une introuvable aurore.
C’est donc un grand livre d’aventures où il est question d’alcools forts, de pillages, de flibustières, d’un pirate, mais aussi d’un chevalier à la triste figure, mais aussi d’un chevalier au lion, parce qu’il s’agit d’une histoire d’amour, parce qu’il s’agit d’un livre romantique si l’on n’oublie pas que le romantisme a à voir avec la mort, les nuits blanches, les excès, et toutes ces petites morts entre les jambes écartées d’une amour défunte.
On pense certes à quelques auteurs étasuniens mais le temps et l’espace de Duncan sont les nôtres. Et si à la lecture de Duncan on rougit, c’est pour cette littérature chichiteuse et constipée qui est la nôtre et qui se replie de plus en plus, par frilosité, dans les feuillées d’un passé poussiéreux, et dans des lits aux draps trop propres (même pas défaits), et où les pages paires on lit « je t’aime » mais « je ne t’aime plus » les pages impaires, et cela pendant des kilos de pages jusqu’au « je te re-aime » final.
Pendant que Duncan s’occupe, c’est sûr qu’un vrai livre se fait. »
– T. Girandon


“Lecture, perturbante, sombre, démoralisante – nous ramenant à nos propres blessures amoureuses (précisément celles qui ne se referment pas) – non par l’incisivité des dialogues dans lesquels David Laurençon excelle, ni par les descriptifs des scènes, ses derniers sont minimalistes ; mais par leur répétition : « je picole, je baise, je picole, je baise, je picole, je baise » … pour oublier, me venger… je m’occupe, quoi ! Quand on a mal on fait n’importe quoi, surtout lorsque l’on a 20 ans & que l’on est diaboliquement irrésistible ! Une écriture » parlée » qui balance la réalité telle qu’elle est : BRUTE & BRUTALE ! Duncan en crève & cela en devient presque touchant. La fin du livre ? Poétique. Félicitations Monsieur Laurençon. » – M.L


« Des scènes m’ont fait fermer le livre. Trop trash. Je préfère Laurençon dans sa dernière publication, “Oh, Cool”, que je me suis procurée. Ce n’est qu’un avis personnel, que j’espère que vous accepterez. Bien à vous. »


« Roman sale et inintéressant. Intolérable.»


« Duncan est un héros romantique décadent qui poursuit son rêve de pureté à travers une destruction systématisée. Les thématiques négatives triomphent: l’immersion dans l’ennui, la déception, le refus de la réalité, les songes, le dégoût, la résistance à la tendresse (“ne pas s’attendrir, ne pas s’attendrir”; “il fallut à Duncan toute la force de son âme pour ne pas pleurer avec elle”). Une sorte de mise à l’épreuve de la réalité qui mène à l’étourdissement. Le roman s’ouvre sur un indice significatif: dans la lettre il est dit que l’amour de Duncan est “un rêve sombre, rempli de fumées”; il se termine par un chapitre où s’impose une atmosphère fantasmatique, de songe. Et tout le corps central du récit donne aussi cette impression de vision, d’hallucination, avec ces répétitions machinales et obsédantes de pillages; les situations récurrentes, rituelles; le manque de développement narratif évident ; les indications sur le temps de la narration qui restent dans le vague. Paradoxalement peut-être, les pages sont riches en scènes réalistes: dialogues serrés, langage concret, plein de choses, scènes d’intérieur, pleines d’odeurs, de rumeurs, d’objets précisément déterminés.
L’auteur a choisi d’éloigner l’introspection psychologique en déployant un talent animal à construire dialogues, souvent marrants, pleins d’ironie, cynisme, sens de l’absurde.
Grâce à son passage ( son intention “scientifique” de tout détruire) d’une situation à l’autre, d’un personnage à l’autre, il fonctionne comme un élément réactif qui révèle le mieux ou le pire cachés dans les gens qu’il rencontre. Ainsi nous trouvons le ridicule intellectualisme de certaines femmes; le lieu commun de l’amour fou et éternel, jusqu’au sacrifice de soi-même, sentiment exprimé par des mots stéréotypes, faux, inconséquents, par un sentimentalisme obsolète, « rance ».
Le personnage de Duncan, cette sorte d’ange apocalyptique, fait penser au personnage perturbant dans « Teorema », de Pasolini; il arrive, il passe et rien n’est plus comme avant pour les autres.
J’ai ressenti la manque de Duncan après la lecture: pour moi, cela veux dire qu’il est un personnage réussi. »
p.s : « Tandis que le lettré n’utilise que la culture et son métier, l’Écrivain, lui, se sert de toute sa personne : il est sa propre souris de laboratoire, qu’il met à l’épreuve. Il l’équarrira s’il le faut, et il le faut. Une forme inédite et originale ne naît pas d’une pensée bien structurée et bien exposée, mais d’un corps mis en pièces. Écrire l’Écriture de l’Écrivain n’est pas affaire d’universitaires : cela nécessite le naturel du boucher. » (Lu dans un essai de Aldo Busi)

– M. Marino


 « Le coin Littéraire – Le Journal des Lettres », article critique d’Ophélie Curado

“Duncan s’occupe” de David Laurençon, le coup de foudre littéraire.

Ce roman de David Laurençon, au ton irrévérencieux et surprenant, est tout à fait superbe. Dans le style du grand-maître John Fante, une pointe de vulgarité comme chez Emmanuelle Bayamack-tam ou encore emprunt de la crudité érotique et malsaine de Sade et d’Apollinaire, ce roman s’offre comme un souffle nouveau balayant les canons littéraires. Un chef-d’œuvre de l’inconvenance, apologie du sexe et de la sodomie, mettant en scène Duncan, un personnage avide de péchés que nous détestons tout autant que nous l’aimons à en mourir, rien que pour ses beaux yeux. Si nous aimons des auteurs d’un amour puissant, comme s’il s’agissait presque de nos frères, de nos meilleurs amis, de nos compagnons de vie ; des écrivains d’une époque que nous n’avons pas connue, appartenant à ces entités littéraires presque intouchables et sacrées, il arrive parfois que nous croisions quelques miracles, de fervents disciples, des échos littéraires à nos plus grands coups de cœur. David Laurençon fait partie de ceux-là. Et son roman, Duncan s’occupe, s’offre comme l’une des plus belles découvertes littéraires de ces dernières années. Sur les traces de John Fante, grand-maître italien du roman de l’errance et de l’impudeur, David Laurençon nous sert sur un plateau d’argent, Duncan, son personnage, d’une puissance caractérielle à toutes épreuves, empêtré dans ses contradictions, amoureux du sexe comme d’une drogue, aveuglé par l’appel de la chair, aliéné par les bas appétits de l’être humain. Irrévérencieux, décadent, noyé dans ses idées et sa vision de la vie comme on se noie, ivre, dans 50 centimètres d’eau ; Duncan devient immédiatement notre pire ennemi et notre meilleur ami. Toujours à traîner dans le lit de jeunes étudiantes perverses et folles, dans celui de femmes mûres et repoussantes, mais qui ont toujours quelque chose à offrir, traînant son corps entre les bars et les rues malfamées, Duncan incarne avec charme et style, le parfait héros littéraire, à la fois repoussant et incroyablement attirant. John Fante lui-même, avec son célèbre Arturo Bandini dans les années 40, poussera sur le devant de la scène littéraire, ce même personnage de dépravé duquel nous tombons facilement amoureux, pour lequel nous pourrions mourir. Enivré par l’alcool et le sexe, Duncan s’affirme alors comme notre compagnon de route, l’ami qui ne nous apporte que des problèmes, le mari qui abuse de nos faiblesses, le frère que nous ne pouvons nous résoudre à abandonner, l’amant dont nous ne savons pas nous passer. Et rien que pour cette puissance du héros, rien que pour la richesse du caractère et son étoffe, extirpant ce personnage de sa structure de papier ; nous ne pouvons que saluer la performance de David Laurençon qui, par son écriture affûtée, sa plume acerbe, par les langages crus et vifs de ses personnages, se hisse au rang des plus grands auteurs du roman déroutant.Duncan s’occupe nous propose alors un homme qui, de par le titre du roman, cherche à s’occuper, remplissant ses journées autant que ses verres, par de l’alcool coulant à flots, s’en délectant comme un assoiffé dans un désert infini, amoureux des liqueurs comme de ces corps maigres de femmes faciles à qui il ment et qu’il jette comme des mouchoirs de poche. Ce roman semble donc répondre intrinsèquement à une question que nous prenons parfois le temps de nous poser : que faire aujourd’hui, comment occuper nos journées, comment remplir tout ce temps que nous offre la vie lorsqu’elle veut bien se montrer clémente avec nous ? Duncan, ivre de vie et de passion, semble répondre à sa manière, à cette question, non sans une philosophie et des prouesses de style que nous adorons rapidement. La vulgarité et la crudité de certains propos, qui tantôt choquent le lecteur, tantôt le font frémir, conscient que ses yeux parcourent des lignes scabreuses mais délicieuses, rappellent le bouleversant roman d’Emmanuelle-Bayamack-Tam, Si tout n’a pas péri avec mon innocence, dans lequel nous retrouvons des scènes de sexe crues et dénuées de poésie, rien que pour la beauté du mot, rien que pour sa force, rien que pour le plaisir que l’utilisation de ce dernier, procure. Mais la vulgarité ne fait pas tout, elle est d’ailleurs loin de faire l’unanimité, loin d’être un gage de qualité. Voilà pourquoi, une nouvelle fois, nous ne pouvons qu’applaudir la force d’écriture de David Laurençon, nous offrant tantôt une crudité obscène, tantôt des phrases d’une beauté à couper le souffle. Le rythme de l’histoire, quant à lui, bat la mesure avec délectation, emportant le lecteur sans la moindre difficulté, presque estomaqué d’arriver à la fin d’un roman qu’il aurait voulu infini. Le sexe quant à lui, pêché originel de tout être humain dépendant de la bouteille, ni Duncan ni le lecteur ne peuvent y échapper. Certaines tournures de phrases, certaines scènes obscènes ne sont pas sans nous rappelerLes Onze mille Verges de Guillaume Apollinaire ou encore les monuments littéraires du Marquis de Sade. Tout comme Fante avant lui, David Laurençon fait partie de ces auteurs qui savent parler de sexe avec crudité, de sodomie et de perversion sans tomber dans les bas-fonds de la littérature érotique. C’est d’ailleurs en cela, entre autres, que nous pouvons distinguer une belle plume qui, malgré des sujets triviaux, sait encore être littéraire, comparée à la placidité infecte de romans érotiques écrit rien que pour parler de sexe et faire vendre. Tout un monde gravite autour de l’approche de la sexualité et quand bien même elle sait nous offrir des scènes repoussantes et délectables dans un même temps, il faut avoir un sacré génie pour trouver les mots justes. C’est pour toutes ces raisons et sans doute pour bien d’autres encore, que Duncan s’occupe s’affirme comme un roman à lire à tout prix. Un roman qui nous prend les tripes et nous les serre jusqu’à ce que, les yeux humides de larmes et le souffle court, nous arrivions à formuler entre nos lèvres pâteuses : « voilà un putain de bon roman ! » La preuve rassurante qu’il existe de belles rencontres littéraires parfois, des partages entre auteur et lecteur, comme une main tendue que l’écrivain semble nous offrir, comme un sourire espiègle qui semble vouloir nous murmurer : « j’ai là la came parfaite qu’il te faut mon ami ! Un roman concentré, du nectar pur jus de ce que les mots ont à offrir, la preuve que tu attendais qu’il existe dans ce bas monde des mecs qui savent encore faire quelque chose de leurs dix doigts en tapant sur les bonnes touches. De l’imagination à revendre, des idées que seul un homme de talent peut coucher sur le papier. J’ai ici, entre mes mains, un de ces romans qui te donne l’effet d’une bonne cuite après une fête qui avait mal commencé, la preuve que la littérature contemporaine n’est pas périmée et qu’elle cache encore de beaux trésors en elle. Un roman comme une bonne bouffée d’air frais, une claque dans la figure si agréable qu’on en redemande, un peu d’opium pour oublier que tout n’est pas rose parfois, quelques caresses pour le réconfort, un peu de sexe pour l’adrénaline, des rencontres éphémères et des discussions qui résonnent encore longtemps après, une fois ce livre terminé ». Duncan s’occupe est un roman à lire avant la fin du monde. Un roman qui redresse notre bonne vieille littérature sur ces vieilles pattes, celles qui frappent le pavé depuis des siècles déjà. La preuve agréable et salutaire qu’un bon bouquin, qu’une bonne histoire, qu’une sacrée jolie écriture, décidément, c’est une belle définition de ce qu’est le bonheur !

Ophélie Curado, Le Coin Litéraire / Le Journal des Lettres

Article original à lire ici> >journal des lettres

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