Philippe Sarr

Bibliographie :

Les Chairs utopiques (roman), crispation éditions 2018
Tagada (roman), La p’tite hélène éditions 2019
Imago (roman), éditions sans crispation 2020

Imago Philippe Sarr

ISBN 979-10-95024-02-6
238 pages.
édition brochée : 15 €

(frais de port offerts)
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« Philippe Sarr nous propose une lecture cynique empreinte d’un large bagage littéraire, dont les frontières entre les genres sont floutées : récits hallucinés, science-fictifs, récits de convalescence ou d’aventure se croisent.
Ce livre aborde la multiplicité  qui habite une vie. C’est-à-dire, il porte sur toutes les vies qu’on peut vivre dans une seule. Ceux qui aiment lire sont ceux qui en vivent le plus par le biais des personnages qu’ils affectionnent. Mais ce sont les écrivains les grands gagnants du jeu des destins multiples.
Le narrateur est un écrivain. Ses souvenirs concernant toutes les femmes qu’il a connues, sont comme autant de temporalités, de couples, de vies à part entières. Au fil des pages, ces temporalités se mélangent tout comme l’identité du narrateur à celles des personnages qu’il créé.
Entre rêve et réalité, entre fiction et souvenirs entremêlés, le texte veut nous montrer ce qu’il se passe dans la tête d’un auteur ».

La barmaid in « Bar aux lettres »

Entretien avec un Auteur – Philippe Sarr

Publié par LA BARMAID AUX LETTRES le 

Cet entretien avec un auteur est un peu spécial car j’ai le plaisir de le publier le jour de la sortie du livre ! Les éditions sans crispation et l’auteur m’accordent leur confiance pour vous faire découvrir cette nouveauté le jour de sa parution.

Philippe Sarr, Imago, éditions sans crispation, 2020, 238 pages.

Philippe Sarr nous propose une lecture cynique empreinte d’un large bagage littéraire, dont les frontières entre les genres sont floutées : récits hallucinés, science-fictifs, récits de convalescence ou d’aventure se croisent.
Ce livre aborde la multiplicité  qui habite une vie. C’est-à-dire, il porte sur toutes les vies qu’on peut vivre dans une seule. Ceux qui aiment lire sont ceux qui en vivent le plus par le biais des personnages qu’ils affectionnent. Mais ce sont les écrivains les grands gagnants du jeu des destins multiples.
Le narrateur est un écrivain. Ses souvenirs concernant toutes les femmes qu’il a connues, sont comme autant de temporalités, de couples, de vies à part entières. Au fil des pages, ces temporalités se mélangent tout comme l’identité du narrateur à celles des personnages qu’il créé.
Entre rêve et réalité, entre fiction et souvenirs entremêlés, le texte veut nous montrer ce qu’il se passe dans la tête d’un auteur.

Bonjour Philippe Sarr, merci de m’accorder votre temps pour répondre à quelques questions au sujet de votre tout nouveau roman Imago.

– Pour commencer, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?


Mon parcours en tant qu’auteur est le suivant: pour l’essentiel, quelques nouvelles publiées sur des sites en ligne (L’Abat-JourRevue l’AmpouleRevue Squeeze), 2 romans : Les chairs utopiques (Crispation éditions) ; Tagada (La P’tite Hélène éditions). J’ai commencé par des récits de S-F, puis, peu à peu, je suis passé à autre chose, à l’exploration d’univers plus personnels, plus intimes, où réel et imaginaire se confrontent, se mêlent, se confondent…

– Comme votre personnage principal, êtes-vous un grand lecteur ? Quel est le premier livre qui vous a marqué, et pourquoi ?

Comme Jad, je suis un grand lecteur. Il fut un temps, maintenant assez éloigné, où je lisais beaucoup de S-F. Un auteur comme K.Dick, par exemple, m’aura tenu éveillé des nuits entières, absolument fasciné par cette idée qu’il a pu développer dans un grand nombre de ses romans d’un réel contenant plusieurs niveaux de réalité. Puis, chemin faisant, je suis passé à une littérature moins « genrée », mais où le travail sur la langue et la forme était prépondérant. En ce sens, l’un des livres, sinon LE livre fondateur, pour moi, reste l’Ulysse, de Joyce. Mais je pourrais citer également le Sexus de Henry Miller. Ou le Sur la route de Kerouac.  Des découvertes à chaque fois fondatrices et bouleversantes. Pourquoi ? Pour leur énergie phénoménale. Une notion chez moi fondamentale. Pour moi, un livre doit avoir cet capacité à transcender l’être. J’ai encore en tête ce passage de Si c’set un homme, de Primo Levi, où ce dernier raconte comment un seul livre, en l’occurrence La divine comédie, lui a sauvé la vie alors qu’il était au plus mal. Pour qu’un livre puisse produire sur son lecteur un tel effet, il faut bien qu’il contienne quelque chose de très spécial, une force qui tire résolument vers le haut.

– La quatrième de couverture stipule qu’Imago est un trait d’union entre vos deux précédents romans : Les Chairs utopiques (paru aux éditions Sans Crispation en 2018) et Tagada (La P’tite Hélène éditons, 2019.) Peut-on le lire indépendamment ? A votre avis, est-ce la meilleure porte d’entrée dans votre univers ?

Disons que Imago, qui peut être lu indépendamment, car ayant sa propre dynamique narrative, est la synthèse, le trait d’union, oui, entre Tagada et Les chairs utopiques. Au premier, il emprunte cette énergie un peu folle, jubilatoire. Au second, son côté plus inquiétant. De longs passages des chairs utopiques sont repris dans Imago. Alors pour répondre à votre question je dirai que oui.

– L’éditeur indique aussi que ce texte a été écrit durant le confinement. Comment votre roman a-t-il mûri pendant ce moment particulier et quelles ont été vos techniques d’écritures ? Différaient-elles des techniques que vous utilisiez avant cette période ?

Laissons à l’éditeur le soin de raconter ce qu’il veut à propos de Imago ! Cela étant, il est vrai que l’essentiel du roman a été composé pendant le confinement. Mais entendons nous bien, en aucun cas il ne s’agit d’un roman SUR le confinement ou SUR la crise du Coronavirus. Même si le texte y fait parfois référence. Pour être plus précis, Imago, dans ses grandes lignes, existait déjà avant la crise du Covid. Par fragments qui ne demandaient donc qu’à s’homogénéiser. Alors, pour le coup, oui, le Covid aura bien contribué à la genèse du roman. Sans Covid, sans doute qu’il n’y aurait pas eu d’IMAGO. Maintenant, de là à en déduire que le virus en aurait été le principal artisan… Son déclencheur, en tout cas… Oui, c’est possible.

– Votre livre parle de la passion pour l’art et pour la littérature, vus comme des échappatoires au monde. Il parle aussi de l’écriture comme exutoire.  Cependant, vous menez également une critique acerbe de cet art et cette littérature qui ne sont plus que des instruments du business : l’art devenu un vecteur financier (et non plus de beauté par exemple), la littérature devenue un concours à la production entre auteurs imbus d’eux-mêmes et « vendus » aux éditeurs les plus offrants. Qu’est-ce qui nourrit cette ambivalence pour vous ?

Si ambivalence il y a, elle n’est pas de mon fait ! Pour autant, on ne va pas se le cacher : l’art, la littérature, sont incontestablement au service d’un business, d’une industrie très lourde (culture muée en Spectacle), dont le seul mot d’ordre est la performance et la rentabilité à tout prix. Il ne faut pas se leurrer. Il n’y a plus de littérature au sens où on l’entendait autrefois (Par exemple, ça me revient comme ça, Madame de Staël parlait en son temps d’une littérature au service exclusif d’une Révolution qu’elle se devait d’accompagner, par laquelle l’écrivain se devait de poursuivre le travail de transformation d’une société jugée inégalitaire… cela dit entre nous, aujourd’hui, elle nous ferait bien rire !). Disons que l’on cherche à nous faire croire, grâce à l’organisation d’événements factices ( les rentrées littéraires et autres sottises) qu’elle est encore noble et « pure » et au dessus de tout soupçon. Mais il n’en est rien. Seul son fantôme nous apparaît, parfois. Ces voix mortes plus vivantes que les « vivantes », lesquelles continuent à résonner en nous intensément (c’est d’ailleurs le thème principal des Chairs utopiques). Heureusement, je  provoque volontairement, il existe encore de nos jours des éditeurs dits « petits » car non exposés médiatiquement, qui font ce que devrait être le travail de tout éditeur, laquelle inclut nécessairement une part de risque, à savoir rendre publiques des œuvres non pas en vertu de leur potentiel commercial, mais parce qu’elles proposent un autre regard, une voix singulière, une autre vision du monde… 

– La science-fiction est très présente dans cette œuvre, et je me suis particulièrement intéressée à la manière dont vous intégrez l’écologie dans le futur. Loin d’un monde détruit, vous montrez les dérives d’un capitalisme vert. Pouvez-vous commenter un peu cette thématique pour les lecteurs du blog ?

J’ai eu la chance d’assister, il y a quelques années, à une conférence sur le logement social dans un contexte de révolution climatique. Vous dites « capitalisme vert », pourquoi ne pas parler d’un « fascisme vert » ?, en tout cas de ce qui pourrait être l’esquisse d’une société qui, attachée à œuvrer pour le Bien de tous, le Bien suprême, en viendrait à restreindre de façon drastique nos libertés individuelles. Cela tout en s’adossant à la technique. En nous servant un discours paternaliste et moralisateur. Sans doute est-ce le piège à éviter à tout prix. Si tant est que cela soit possible. A moins que nous n’assistions à un autre type de dérive… A un retour à l’âge de pierre, pour caricaturer. Surtout si l’on retient le scénario catastrophe d’un effondrement généralisé de nos sociétés.

– Le sexe est également central dans votre écrit : vous considérez dans le roman qu’il permet de se sentir vivant tout en étant vecteur de mort. Vous présentez aussi une galerie de personnages très érotisés (on peut par exemple évoquer la divorcée qui prend sa revanche sur la vie ou la jeune provocatrice.) Pourquoi ces motifs ont-ils tant d’importance dans votre œuvre ?

Parce que le sexe est le seul véritable moteur de l’existence. Il n’y en a pas d’autre. Et Jad l’a très bien compris. Tout comme il a compris que le sexe, d’une certaine façon, était sur le pointe d’être désormais perçu comme un danger potentiel (retour d’un certain ordre moral ?), car pouvant être source de violences, de discriminations, d’inégalités, voire de « déviances » ou de maladie. Avec raison parfois. Mais, Jad ne le perçoit pas ainsi. Pour lui, le sexe est synonyme de vie. Et de mort.   Il en constitue le continuum… 

– Vous construisez aussi une réflexion autour du thème de la maladie et de la folie qu’elle engendre. Comment avez-vous mis en scène son influence sur le malade, sans pour autant oublier son entourage ?

Mon premier métier (j’ai exercé comme infirmier durant quelques années) m’a aidé en cela. Comme chacun le sait, la maladie modifie considérablement notre état de conscience, et donc notre rapport au monde et à l’autre, ainsi que la manière dont nous nous percevons nous-mêmes. Je m’étais par ailleurs un peu documenté sur ce processus de transformation, son impact sur notre système de perception. Cette soudaine métamorphose qui en découle. Dans le cas de Jad, celle-ci s’opère en plusieurs étapes. D’où le titre du roman.  Il y a aussi cette idée selon laquelle cette chose innommable (un virus, mais lequel, on n’en sait pas plus) qui l’affecte l’aide à entrer en lui-même, à établir un contact avec son être profond ou suprême. Et à en favoriser l’expression. Après, peut être n’est ce qu’une illusion. Le roman n’en dit pas plus à cet égard.

Philippe Sarr

– Votre roman présente un narrateur écrivain, on navigue ainsi dans ses pensées et ses souvenirs qui se mêlent avec les textes qu’il rédige. Nous avons donc accès au flux de conscience du personnage principal qui joue avec la juxtaposition de ses écrits. Ce foisonnement de textes et de sous-textes cherchait-il à perdre le lecteur comme on peut se perdre en soi-même, « dans ses pensées » ?

L’idée d’un lecteur qui se perdrait en lui-même, en viendrait à faire ce petit voyage intérieur, donc à être attentif aux pensées, parfois fugaces, qui le traversent, me plait bien. Mallarmé disait que regarder une simple chaise, par exemple, n’était jamais anodin. Que toutes sortes de pensées, une émotion particulière par exemple, ou une impression, un souvenir, pouvaient venir se greffer sur l’objet lui même. De telle sorte que ce dernier pouvait se trouver à son tour modifié dans sa structure. Jad semble vivre en permanence ce type d’expérience, être sans cesse sur le fil du rasoir, avec d’un côté le monde réel, tel que nous pensons le percevoir, de l’autre un monde beaucoup moins évident, plus flou, sans doute plus intime et personnel, plus fou, aussi ! Donc plus humain…

– Malgré la mise en scène d’un narrateur très lettré, vous semblez mener une expérimentation du langage en vous fondant sur celui des réseaux sociaux. Que cherchez-vous à faire en maniant la langue de cette façon ?

Je trouve la langue utilisée sur les réseaux sociaux parfois très inventive. Cela dans la mesure où elle ne se préoccupe plus trop des codes en usage. Barthes disait que toute langue est fasciste. Je pense qu’il a raison. C’est enfoncer une porte ouverte que de dire que le langage évolue sans cesse. La manière dont on s’exprime sur les réseaux sociaux me plait bien en raison de sa spontanéité même. La parole semble, mais peut être n’est ce pas toujours le cas, y circuler plus librement (ce que l’on pourrait déplorer parfois !). Comme s’il y avait une véritable jouissance de la parole écrite notamment. Une parole en acte, poétique par instant, décomplexée, mêlant qui plus est l’image au texte. Il est évident que je ne suis pas de ceux qui la fustige. Au contraire. 

– Pour finir, quels sont vos prochains projets ? Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

J’ai deux autres romans en attente de publication. L’un, où j’explore les notions de « genre », un roman avec plusieurs niveaux de narration ; et un second donc un peu plus dans la veine de Imago (le narrateur, pris d’ennui, s’en va s’isoler quelque part en Laponie et fantasme sur une liaison amoureuse qu’il n’a jamais connue.
Plus une nouvelle à paraître dans un recueil collectif produit par la Quinzaine Littéraire.
IN SITU Bar aux Lettres >> Entretien avec Philippe Sarr


Troisième roman de Philippe Sarr
/ in Litzic.

Philippe Sarr nous propose son nouveau roman, Imago, à mi-chemin entre Les Chairs utopiques (aux Éditions sans crispation) et Tagada (La p’tite Hélène éditions). Dans Imago, Philippe Sarr nous place dans l’intimité de Jad, un romancier qui, soudain confronté à un virus, voit sa vie basculer. Ce roman, relevant d’un défi, a été écrit durant la période de confinement.

Réalité fantasmée.

Dans Imago, Jad est soudain confronté à un virus. Alors qu’il écrit son prochain roman, les événements se bousculent, s’entremêlent, s’intervertissent, s’accélèrent, comme si l’inéluctabilité de la fin nécessitait de l’auteur qu’il termine « tout » dans les plus brefs délais (c’est-à-dire à la fois le roman qu’il écrit et le « bouclage » de toutes ses activités en cours). Tout cela conduit Jad dans des situations proches d’une science-fiction sociale et intime, dans un entre-deux où les contours s’estompent progressivement pour se fondre dans un amalgame de deux réalités tangibles.
Le fantasme de l’écrivain est ici palpable. Mais quel est-il véritablement ? Maudit ? Tombeur de ces dames ? Au fait de divins messages qu’il doit absolument transmettre, qu’importe la maladie ou les échéances ? D’ailleurs quelles sont-elles exactement ces échéances ? Et ce virus ? Atteint-il les hommes ou l’ordinateur sur lequel le roman prend vie ? La mise en abyme est ici subtile, nous prouve, presque sans le vouloir, que l’auteur est bien différent des ses créatures, qu’il s’agisse de celles gravitant dans la vie de Jad ou de celles de son roman, ou bien de celles de Philippe Sarr.

Un roman dans le roman, des fragments ressuscités.

Les chairs utopiques et Tagada nous avaient quelque peu habitués au style de Philippe Sarr. Celui-ci, relativement indescriptible, trouve ici une force des plus convaincantes. Nous n’essayerons pas de le décrire, nous dirons simplement que la langue y est de feu, dynamique, qu’elle s’entraîne elle-même dans une cavalcade que rien ne semble pouvoir arrêter.
Des situations ubuesques se succèdent, comme autant de vignettes de moments de vie, aléatoirement juxtaposées pour créer un puzzle dont les pièces s’ajustent au fur et à mesure de la lecture. Au début, ces fragments ne permettent qu’une visibilité floue du personnage de Jad. Mais petit à petit, elle s’affine, révèle des détours incongrus qui néanmoins façonnent sa personnalité, complexe (qui paradoxalement le devient de moins en moins).
Les dialogues font une nouvelle fois mouche. Combien même les passages narratifs semblent proches du constat parlé, d’un homme qui décrirait à voix haute ce qu’il voit, les dialogues décuplent cette force. Le rythme se dégageant des uns et des autres, combien même les clés nous échappent un moment avant que tout se mette en place, nous catapulte dans l’histoire que nous n’arrivons pas à lâcher. Même quand nous avons terminé le roman car nous cherchons à vérifier que nous avons tout bien compris. Alors, nous recherchons (dans notre mémoire ou dans les pages d’Imago) les derniers indices qui permettraient à l’histoire de dévoiler ses ultimes secrets.

Un aboutissement.

Nous sentons un aboutissement dans Imago, celui de l’auteur Philippe Sarr, qui maîtrise plus que jamais son art d’entremêler faits « réels » et imaginaire débridé. La fluidité toute personnelle qui est celle de son écriture arrive à ses sommets, comme si, dans un effet boule de neige, elle accumulait sa propre matière pour prendre de l’ampleur, s’auto-alimenter, jusqu’à atteindre un point d’équilibre où le caractère « en roue libre » paraîtrait presque naturel.
Évidemment, toute la complexité à la fois narrative et stylistique, ainsi que la complexité à traiter cette histoire à tiroirs (où les paragraphes issus du roman de Jad rejoignent ceux des épisodes relatifs à sa vie, où des fragments des Chairs utopiques s’insèrent, tout comme ceux d’autres textes de Philippe Sarr comme Les habitants du périphérique par exemple) dont le fond reste relativement nébuleux à l’entame du roman (mise en abyme du travail d’écrivain, problématiques relationnelles et sociètales), prouve ici la maîtrise insolente de Philippe Sarr, de son style. Mais Imago prouve également sa maîtrise de la langue, la maîtrise de son univers et de sa patte, et la maîtrise du « suspens » qui nous maintient en éveil tout au long du livre. Ces trois éléments combinés nous entraînent dans un livre à l’identité forte et indomptable.
Si nous osions, nous dirions que nous trouvons chez lui des fragments du culot d’un auteur comme David Foster Wallace, c’est-à-dire celui d’une exigence d’écriture et d’un respect de celui qui lit. Car combien même Imago peut s’avérer complexe, il ne prend jamais le lecteur pour un con.
Ce qui n’est jamais négligeable. Il faut dès lors prendre Imago comme il se présente, laisser de côté nos réflexes archaïques de lecteur pour en revêtir des nouveaux, qui nous apporterons leur lot de surprises. Autrement dit, le plaisir de lecture dévoile une nouvelle fois des charmes inédits, chose dont semble se délecter cet auteur définitivement pas comme les autres !