JACQUES CAUDA

Fête la mort !

>> Le Salon-litteraire : « Jacques Cauda Serial Killer »
>> La Cause littéraire
>> Memento mori et Ready made (lelitteraire.com)
>> Jacques Cauda : le blanc et le rouge, par Jean-Paul Gavard-Perret
>> Litzic (chronique livres)
>> Recours au poème

Memento Mori et ready made,

Par jean-paul gavard-perret

Jacques Cauda aime faire la fête. Avec cette cochonne qu’on nomme la mort. Mais il se dégage des truismes pour ce K d’espèce qui réunit les frères dit humains.
Enne­mis ou non,  ils y feront amis-amis à Miami comme ailleurs. Le col haut sale ou par­fait qui habillera leur dépouille ne les ren­dra paci­fique que ça. Mais dans ce roman ce n’est plus le problème.
Les Parques blêmes n’ont rien à faire dans ce parc à ana­thèmes. Les macs crâ­més de tou­jours comme Daisy hier en pâtissent d’un juste retour des choses (les leurs étant faites de défaites).
Plus besoin pour eux de cryp­ter leur mes­sage en divers caches allo.
Dautant que Cauda met les points sur les i sans cir­con­vo­lu­tion. Lorsqu’il dit “un”, il ne tourne pas autour du pot et n’affirme pas — comme chez Peu­geot — “Cinq sans quatre”.
C’est pour lui une manière de pré­ci­ser ex abrupto  une jouillasse à l’orée du trépas.
Et si, lorsque la mort arrive, nous croyons à un espoir, Cauda —  telle une soeur Anne – ne voit rien venir sinon le trou béant où plonge notre ultime plu­mier.
Même s’il espère que, sur nos tombes, des amou­reux vien­dront s’envoyer en l’air, pour qu’il n’y ait pas que les cadavres à se rai­dir dans les cimetières.


Jacques Cauda : le blanc et le rouge

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Le trio du fantôme de Jacques Cauda est mené par un drôle de Gilles (de Watteau) auquel le héros a toujours voulu ressembler pour fuir sa jeunesse tout en gardant des oripeaux d’un Black Block : poignets de force hérissés de clous à têtes, lunettes octogonales et chaussures de parachutiste. Il fait sensation auprès de ses deux potes et se prend pour un phénix lorsqu’il entre dans des placard à mater pour voir celles qui créent en lui des éruptions lorsque, sous leurs collants, ils découvre leur volcan.
Peu à peu et au fil du temps en une telle histoire les verbes passifs passent au présent du héros. Un présent singulier et mythologique car tout n’est pas à prendre au premier degré. Les malfrats errent comme si l’amour était une petite pute et une grande misère dans un récit à la fois lent où tout le monde galope et rapide où certaines y bougent à peine.

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Le sombre héros ne s’appartient plus et devient tueur. Quel dieu a enivré ou asséché ce Gilles  pour le transformer en boucher ? L’auteur donne des pistes sans qu’une seule solution emporte la mise en un tel jeu de « quilles ».  Il fait entrer dans la danse macabre ou le gai savoir de ce semblable en un road movie qui tourne à la tourmente. Le blanc personnage du XVIIIème siècle se recouvre de rouge en un auto-portrait inversé. Les entrailles grouilles. S’y brisent des cuisses et des bouches se broient. Coeurs sensibles d’abstenir.
Jean-Paul Gavard-Perret


Eros thanatos etc.

Fête la mort !, nouveau roman de Jacques Cauda aux éditions sans crispation/Litzic.

Par Patrick Béguinel,

Tout commence comme une blague d’étudiants. Trois amis, sortes de révolutionnaires en herbe, sont conviés à déjeuner chez une de leurs camarades de classe. Repas arrosé, libido débridée, une scène de sexe d’une poésie crue, nous croyons que Fête la mort !, de Jacques Cauda, nous emmènera dans un livre réjouissant sur les mille et une petites histoires intimes d’une triplette de bras cassés. Mais nous déchantons vite (mais pour notre plus grand plaisir!).
Parce que oui, la littérature doit faire ressentir des émotions contrastées, bonnes ou mauvaises, que nous aimons et que nous détestons tout à la fois. Le yin et le yang, ce que l’âme renferme de plus pur et de plus noir. Et Jacques Cauda nous sert tout cela sur un plateau d’argent maculé de merde. Mais reprenons un peu les événements comme ils nous viennent en tête (et Dieu que c’est difficile tant tout se télescope dans notre esprit et nos entrailles).

Puissance de la langue.

D’emblée, l’écriture de Jacques Cauda nous frappe l’esprit. Au début du livre (nous n’arrivons pas à savoir s’il s’agit à proprement parler d’un roman, de nouvelles, alors nous dirons livre), nous tombons sur une écriture posée, très intuitive, d’une fluidité remarquable. Sa poésie nous saisit instantanément car elle s’inscrit dans cette forme que nous jugeons réaliste. Mais ça, c’est au début, car petit à petit, elle se pervertit cette écriture, elle devient malade, malsaine, complètement frappadingue… pour mieux coller aux personnages.
Jacques Cauda prend alors des libertés stylistiques que d’aucuns qualifieraient d’aberrantes. Certains seront choqués, perturbés. Il va sans dire que les puristes de La Langue Française risquent de s’étrangler devant leur caviar. Ici, nous avons affaire à une langue vivante, colorée, ne répondant à aucun code, si ce n’est celui de ressembler à l’être qui l’utilise. Le portrait de cet être n’est pas lisible par des descriptions à n’en plus finir, mais par ce langage particulier, par une psyché cabossée (pour ne pas dire ravagée).

Un glissement morbide.

Alors la langue dévie de la poésie basique du réel vers l’horrifique. Et la poésie, foncièrement, n’existe plus réellement en tant que telle, ou alors sous une forme mortifère extrêmement dérangeante, déviante. Le mal se saisit de nous, semble tripatouiller quelque chose au centre de nos intestins. Notre bonne conscience ? Notre morale ? Notre naïveté ? Peut-être un peu des trois. Fête la mort ! secoue, bouleverse, nous porte le cœur au bord des lèvres, ou baigne notre gorge au niveau de notre colon. C’est violent, ce ressenti. Peu d’auteurs sont parvenus à nous procurer un tel sentiment.
C’est vrai, l’histoire qui débute nous entraîne d’un pas guilleret vers un champ fleuri où gazouillent quelques oiseaux plus ou moins grassouillets. Mais petit à petit l’horizon s’obscurcit, toujours dans une langue plus ou moins convenue. Et puis la bascule brutale nous percute. La noirceur insondable de ce que l’humanité à de pire en elle nous explose en pleine tronche. Et bizarrement, nous continuons à lire, comme si le plaisir malsain d’assister aux pires horreurs se saisissait de nous. La fête devient morbide, mais elle reste fête malgré tout.
Car il y a ripaille. Il y a sexe. Il y a joie. Celle-ci n’est pas partagée, notez bien. Elle est subie. Mais celui qui l’impose est joyeux. C’est la belle vie pour lui. Il assouvit ses besoins d’homme animal, ces besoins inculqués par Mère-pute. Finalement, tout cela ne nous interroge-t-il pas sur le pouvoir de l’éducation ? Ou sur la résistance de chacun au mal ? Pure fiction, Fête la mort ! pose en creux les questions que vous voulez bien vous poser sur l’âme humaine.

Eros, thanatos…

La vie, la mort, la fête, fête la mort ! N’est que cela. Le livre nous invite à prendre un peu de recul, même si, peut-être, tel n’est pas le but. Cette prise de recul nous indiquerait que la vie est une fête, et que même si la mort fait partie de la vie, eh bien tant pis, célébrons chaque jour vécut comme s’il s’agissait du dernier.
C’est ainsi que nous voyons la chose. Fête la mort ! Comme une injonction à célébrer la vie. Profite des bonnes choses, du sexe, de la bonne bouffe, des plaisirs coupables, de ceux qui ne le sont pas, mais profite bon sang, parce que tu ne sais pas qui se trouve au coin de la rue, tu ne connais rien de ton voisin. lâches ton portable, lâches tes écrans, profite !
Jacques Cauda nous met, avec Fête la mort !, un bon taquet derrière les oreilles, avec un style assumé, maîtrisé, fort, personnel, vivant. Oh oui vivant ! Cette langue est belle, qu’importe ce qu’elle raconte, parce qu’elle est vivante et qu’elle le restera tant que des auteurs de cette trempe existeront.

Alors on dit quoi, au final ? Fête la vie, non ?


Titre incantatoire, roman subversif pour de vrai (si le subversif a à voir avec la bousculade radicale des bourgeoises pudeurs), Fête la mort !, huitième roman de Jacques Cauda, initiateur du courant pictural « surfiguratif », écrivain prolixe et sur-énergique, est l’une de ses oeuvres la plus aboutie et la plus jubilatoire parue à ce jour.
Si fêter la mort semble incongrue dans une société qui tend plutôt à la nier (vanité de la vie terrestre), Jacques Cauda se fait un plaisir de nous rappeler que mourir peut aussi être un art. Fête la mort ! prend à contre-pied, en la « surfigurant », la formule de la pensée chrétienne « N’oublie pas que tu vas mourir ! » – Memento mori – et nous ramène, en artiste, à notre condition de mortel en faisant s’enlacer la fête et la mort dans une joute poétique et macabre.


>> wiki/Jacques_Cauda
>> jacquescauda.canalblog.com


>> Accueil sans crispation

Extrait :

J’ai un temps vécu à la ressemblance du Gilles de Watteau à qui je voulais ressembler, longuement vêtu de blanc, un long vêtement plissant aux coudes et trop court des jambes de pantalon, sancta simplicitas, triste figure, les voiles gonflées de mon importance, à califourchon sur mon asinité, « mystère comique de la bêtise confondu à celui sacré de l’innocence », j’étais jeune, aussi jeune que ressemblant à l’idée que je me faisais de la jeunesse que j’essayais de fuir en me grandissant dans une figure célèbre de la peinture. En revanche pour appartenir encore un peu au monde de mes contemporains, je portais quelques « accessoires » à la mode d’alors : des cheveux longs, des lunettes aux verres fumés, deux poignets de force hérissés de clous à têtes octogonales et des chaussures de parachutiste en cuir noir qui tranchaient sur mes bas de pantalon blancs.
La première fois que mes deux camarades, surnommés pour des raisons que j’expliquerai plus tard, Petit Muscle et Saucisson, me virent fendre l’autobus dans cet équipage, ils fondirent défaits d’admiration, non seulement j’étais Gilles, mais plus encore, j’étais Le Gilles de Watteau !Vers un effort visible, poésie, L’Échappée, 2002

BIBLIOGRAPHIE (non-exhaustive) de JACQUES CAUDA :
Toute la lumière sur la figure, essai, éditions Ex Aequo, 2009
Lou, nouvelle, premier prix de la ville du Pecq, 2011
Point de dimanche, nouvelle, Jacques Flament Éditions, 2013
Tous pour un, roman, Numériklivres, 2013
Amor’, poèmes, La Matière noire, 2014
Le Bunker No 4, témoignage esthétique, Jacques Flament Éditions, 2015
Le Déjeuner sur elle, texte, éditions la Belle Époque, 2015
Les jouets rouges, poèmes, éditions Contre-Ciel, 2016
Quand? Chant du Z, chanson de geste, Z4 Éditions, 2016
Elle & Nous, poèmes & illustrations, éditions Flammes Vives, 2016
Comilédie, roman, éditions Tinbad, 2017
Ici le temps va à pied, poésie, prix spécial du jury Joseph Delteil, éditions Souffles, 2017
Les Caliguliennes, récit, avec des photos de Élizabeth Prouvost, Les Crocs Électriques, 2017
ORK, roman, éditions La P’tite Hélène, 2017
OObèse, roman illustré, Z4 Éditions, 2017
L’amour la jeunesse la peinture, nouvelle, éditions Lamiroy, 2018
P.A.L., récit, avec des photos de Alexandre Woelffel, Les Crocs Électriques, 2018
Vita Nova, récits, éditions Unicité, 2018
La vie scandaleuse du peintre Jacques Cauda, roman graphique, Les Crocs Électriques, 2018
LA TE LI ER, essai, coll. « La diagonale de l’écrivain », Z4 Éditions, 2018
Les Berthes, poèmes, coll. « Les 4 saisons », Z4 Éditions, 2018
Peindre, poèmes, avec une postface de Murielle Compère-Demarcy, Atelier Cauda, Clap, éditions Tarmac, 2018
Le Trou, nouvelle, avec deux illustrations, éditions Furtives, 2018
Mosca Moncul, petite histoire de l’art, avec deux illustrations, éditions Furtives, 2019
Les cinq morts de Paul Michel, nouvelle, collection Opuscules, éditions Lamiroy, 2019
Profession de foi, récit, éditions Tinbad, 2019
Moby Dark, roman, éditions L’Âne qui Butine, 2020
Pigalle, nouvelle, éditions Les Cosaques des Frontières , 2020
Rue des Pyrénées, nouvelle, collection Crépuscule, éditions Lamiroy, 2020


Conversation entre David Laurençon et le peintre et écrivain JACQUES CAUDA,

Publié dans le magazine Litzic le 15/01/2020, à lire >> ICI

(crédit photo: Elisabeth Prouvost)