Lectures de « Duncan s’occupe »

« “Duncan s’occupe” est un roman picaresque qui se déroule dans un monde devenu un vaste cabaret peuplé de filles blafardes et protégé du vide par un immense zinc crénelé de bouteilles d’alcool. Duncan attise sa souffrance dans une cuite sans fin, une manière de chevauchée vers une introuvable aurore.
C’est donc un grand livre d’aventures où il est question d’alcools forts, de pillages, de flibustières, d’un pirate, mais aussi d’un chevalier à la triste figure, mais aussi d’un chevalier au lion, parce qu’il s’agit d’une histoire d’amour, parce qu’il s’agit d’un livre romantique si l’on n’oublie pas que le romantisme a à voir avec la mort, les nuits blanches, les excès, et toutes ces petites morts entre les jambes écartées d’une amour défunte.
On pense certes à quelques auteurs étasuniens mais le temps et l’espace de Duncan sont les nôtres. Et si à la lecture de Duncan on rougit, c’est pour cette littérature chichiteuse et constipée qui est la nôtre et qui se replie de plus en plus, par frilosité, dans les feuillées d’un passé poussiéreux, et dans des lits aux draps trop propres (même pas défaits), et où les pages paires on lit « je t’aime » mais « je ne t’aime plus » les pages impaires, et cela pendant des kilos de pages jusqu’au « je te re-aime » final.
Pendant que Duncan s’occupe, c’est sûr qu’un vrai livre se fait. »
– T. Girandon

« Lecture, perturbante, sombre, démoralisante – nous ramenant à nos propres blessures amoureuses (précisément celles qui ne se referment pas) – non par l’incisivité des dialogues dans lesquels David Laurençon excelle, ni par les descriptifs des scènes, ses derniers sont minimalistes ; mais par leur répétition : « je picole, je baise, je picole, je baise, je picole, je baise » … pour oublier, me venger… je m’occupe, quoi ! Quand on a mal on fait n’importe quoi, surtout lorsque l’on a 20 ans & que l’on est diaboliquement irrésistible ! Une écriture » parlée » qui balance la réalité telle qu’elle est : BRUTE & BRUTALE ! Duncan en crève & cela en devient presque touchant. La fin du livre ? Poétique. Félicitations Monsieur Laurençon. »
– M.L

« Des scènes m’ont fait fermer le livre. Trop trash. Je préfère Laurençon dans sa dernière publication, « Oh, Cool », que je me suis procurée. Ce n’est qu’un avis personnel, que j’espère que vous accepterez. Bien à vous. »

« Roman sale et inintéressant. Intolérable.»

« Duncan est un héros romantique décadent qui poursuit son rêve de pureté à travers une destruction systématisée. Les thématiques négatives triomphent: l’immersion dans l’ennui, la déception, le refus de la réalité, les songes, le dégoût, la résistance à la tendresse (“ne pas s’attendrir, ne pas s’attendrir”; “il fallut à Duncan toute la force de son âme pour ne pas pleurer avec elle”). Une sorte de mise à l’épreuve de la réalité qui mène à l’étourdissement. Le roman s’ouvre sur un indice significatif: dans la lettre il est dit que l’amour de Duncan est “un rêve sombre, rempli de fumées”; il se termine par un chapitre où s’impose une atmosphère fantasmatique, de songe. Et tout le corps central du récit donne aussi cette impression de vision, d’hallucination, avec ces répétitions machinales et obsédantes de pillages; les situations récurrentes, rituelles; le manque de développement narratif évident ; les indications sur le temps de la narration qui restent dans le vague. Paradoxalement peut-être, les pages sont riches en scènes réalistes: dialogues serrés, langage concret, plein de choses, scènes d’intérieur, pleines d’odeurs, de rumeurs, d’objets précisément déterminés.
L’auteur a choisi d’éloigner l’introspection psychologique en déployant un talent animal à construire dialogues, souvent marrants, pleins d’ironie, cynisme, sens de l’absurde.
Grâce à son passage ( son intention “scientifique” de tout détruire) d’une situation à l’autre, d’un personnage à l’autre, il fonctionne comme un élément réactif qui révèle le mieux ou le pire cachés dans les gens qu’il rencontre. Ainsi nous trouvons le ridicule intellectualisme de certaines femmes; le lieu commun de l’amour fou et éternel, jusqu’au sacrifice de soi-même, sentiment exprimé par des mots stéréotypes, faux, inconséquents, par un sentimentalisme obsolète, « rance ».
Le personnage de Duncan, cette sorte d’ange apocalyptique, fait penser au personnage perturbant dans « Teorema », de Pasolini; il arrive, il passe et rien n’est plus comme avant pour les autres.
J’ai ressenti la manque de Duncan après la lecture: pour moi, cela veux dire qu’il est un personnage réussi. »
p.s : « Tandis que le lettré n’utilise que la culture et son métier, l’Écrivain, lui, se sert de toute sa personne : il est sa propre souris de laboratoire, qu’il met à l’épreuve. Il l’équarrira s’il le faut, et il le faut. Une forme inédite et originale ne naît pas d’une pensée bien structurée et bien exposée, mais d’un corps mis en pièces. Écrire l’Écriture de l’Écrivain n’est pas affaire d’universitaires : cela nécessite le naturel du boucher. » (Lu dans un essai de Aldo Busi)
– M. Marino